Une convention internationale s’attaque au plus grand commerce illicite de bois de rose

Une convention internationale s’attaque au plus grand trafic d’espèces sauvages au monde : le commerce illicite de bois de rose.

Washington, D.C. – L’Agence d’investigation environnementale (EIA) salue la décision sans précédent prise par le Comité Permanent De La Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) de mettre fin au commerce illégal et non durable de plusieurs milliards de dollars de bois de rose (Pterocarpus erinaceus) qui persiste en violation de la Convention depuis 2017.

L’espèce de bois de rose d’Afrique de l’Ouest communément appelée “kosso” (Pterocarpus  erinaceus) – “keno” ou “bois de vêne” – est le produit de la faune sauvage faisant l’objet du trafic le plus important au monde, avec une valeur commerciale annuelle supérieure à celle de l’ivoire d’éléphant, de la corne de rhinocéros, des pangolins, des ailerons de requin et des parties de grands félins réunis.

La crise du bois de rose a dévasté les forêts d’Afrique de l’Ouest et ses habitants pendant près  d’une décennie. Le commerce illégal et non durable de P. erinaceus a persisté malgré son inscription à l’annexe II (en vigueur depuis janvier 2017) de la CITES. Des rapports récents du Secrétariat de la CITES, ou commandés par celui-ci, ont mis en lumière un commerce international en provenance de la région qui s’est développé en violation de la Convention.

En réponse, les Parties ont convenu, lors du SC74, de mesures sans précédent pour lutter contre la violation de la Convention en Afrique de l’Ouest. Selon la notification aux Parties, les États de l’aire de répartition ouest-africaine ont jusqu’au 27 avril 2022 pour démontrer que le commerce international est conforme à la Convention en fournissant un avis de commerce non préjudiciable (ACNP) et un avis d’acquisition légale (AAL) ou en arrêtant officiellement le commerce en demandant au Secrétariat de publier un quota d’exportation zéro volontaire pour le kosso. Il convient de noter que lors de la réunion du Comité pour les plantes en juin 2021, aucun des États de l’aire de répartition n’avait produit un ACNP scientifiquement solide.

La notification CITES, basée sur les décisions du Comité Permanent, a également envoyé  un message clair aux pays importateurs, à savoir la Chine et le Vietnam, pour qu’ils cessent immédiatement le commerce du kosso : “En attendant, il est demandé à toutes les Parties importatrices de rejeter tous les permis d’exportation concernant Pterocarpus erinaceus, en raison des préoccupations liées à la durabilité et à la légalité du commerce international des spécimens de cette espèce.”

Depuis plus de cinq ans, l’EIA suit, expose et perturbe les réseaux de trafic sino-africains à travers l’Afrique de l’Ouest, notamment au Nigeria, en Guinée-Bissau, au Ghana, en Sénégambie et au Mali. La nouvelle analyse de l’EIA publiée lors de la 74e réunion du Comité permanent (SC74), basée sur les données commerciales de la CITES de 2016 à 2020, indique un écart alarmant de 1,9 million de tonnes entre les quantités déclarées par les exportateurs et les importateurs. Les importateurs ont déclaré plus du double de la quantité déclarée par les exportateurs.

De nombreux États de l’aire de répartition ont régulièrement tiré la sonnette d’alarme concernant les défis auxquels ils sont confrontés pour lutter contre les trafiquants organisés transnationaux. Un rapport soumis par le Sénégal lors du SC74 souligne les limites de l’approche d’un seul pays, recommandant une stratégie régionale globale qui combine le renforcement des contrôles et de l’application de la loi avec un soutien financier et technique accru aux États de l’aire de répartition ouest-africaine. Raphaël Edou, responsable du programme Afrique pour les campagnes forestières de l’EIA, explique : “La détermination dont ont fait preuve certains États de l’aire de répartition pour relever le défi de la crise du bois de rose est impressionnante et inspirante. Ils ont maintenant besoin du soutien du Secrétariat, des  pays demandeurs et des autres Parties à la CITES pour sauver leurs forêts et protéger les moyens de subsistance de ceux ou celles qui en dépendent.”

La décision du Comité permanent et la notification aux Parties ont une portée mondiale. Elles ont le potentiel d’arrêter en quelques mois, voire en quelques semaines, le plus grand commerce illégal de produits de la faune sauvage au monde. Elle crée un précédent important concernant la nécessité pour les Parties de se conformer à la Convention et démontre l’importance des solutions régionales.

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